Ce treize août j’entre dans la vénérable maison Henri IV sous la bourrasque. Expo Novaro, Maître verrier. La visite commence au rez de chaussée, les œuvres luisent tranquillement sous les spots. Je les reconnais, sans aucun sentiment de déjà-vu pourtant. Les mains et le souffle du Maître ont encore créé du nouveau ; il pourrait se dispenser de toute autre signature. Avions-nous rendez-vous ? Sans doute. Il y a des vases, des flacons, essentiellement ; quelques poissons à la vénitienne, une grande lampe en pâte de verre, une folie. De jolies couleurs, de la séduction. Des objets décoratifs pourrait-on dire. Je n’ai pourtant pas le goût bourgeois. Qu’est-ce qui me plaît tant ? Pourquoi en ai-je acheté, il y a déjà plus de vingt ans ? Quelle est cette fascination ?

    Cette question me taraude quand je quitte la première salle pour traverser la cour pavée. S’abat une trombe d’eau, et en quelques minutes plus rien, hors le soleil dans l’air pur. La nature retient son souffle, subitement immobile. Tout bruisse et palpite cependant, et s’épanouit secrètement dans un plaisir indicible. C’est une révélation. Exactement ce que produit chez moi l’observation des verres de Novaro. Oui, car il faut les observer. L’invite à une contemplation minutieuse est là, dans l’objet, à l’intérieur. C’est là que le regard, au delà de l’harmonie des proportions et des couleurs, découvre l’essence de l’art. L’objet est une enveloppe, si extraordinaire soit-elle, comment s’en tenir là ? Voyons ce qu’elle contient. Apparaissent des constellations et des systèmes, tels qu’on pourrait s’imaginer des cosmos, des particules satellites, des ondes, des gravitations et des champs de forces. Voilà aussi des bulles, dans une eau comme profonde, des formes organiques prises dans le minéral, comme des fossiles inachevés. La visqueuse matrice de verre semble avoir un moment suspendu ses efforts, mais tout vibre encore. Ce qui naît alors, bien plus qu’un objet d’art, c’est l’instant de la création-même, de l’énergie et du temps qui jaillissent dans la lumière.

    Novaro travaille le verre, le contraint certes, mais avec soin. Le même soin que je ressens dans un jardin japonais. Ici se joue un autre mystère de l’œuvre. La nature, la matière, oppose une douce mais puissante résistance à la main et au souffle de l’artiste. Il n’y aura pas de vainqueur dans ce débat. L’enjeu n’est pas là. Le talent du Maître, c’est de nous révéler cette force étrange et belle.

    J’ai voulu traduire quelques unes de ces émotions par des photographies. Hélas elles trahissent autant qu’elles révèlent. Où sont les couleurs, les volumes que j’ai vus ? Cela donne toutefois quelques aperçus des œuvres dans leur contexte. Dans l’exposition à Saint Valery en Caux d’une part, chez les heureux acquéreurs d’un pur chef-d’œuvre d’autre part. Un reportage sur le vif, qui permet je crois de comprendre que ces petits univers nous renvoient aussi une vision de notre propre monde. La deuxième partie de la série photo est consacrée à une merveille de sagesse, cachée dans un trésor de simplicité. C’est un flacon, dans des couleurs pâles de vert, de rose nacré, de blanc. Les proportions sont parfaites, tant dans le contour et les volumes de l’objet qu’à l’intérieur du verre. La sensualité est là, le toucher. L’équilibre des textures, des couleurs et des densités est tel qu’on croit à un modèle de biotope ; je vois dans son ventre battre un cœur. Regardez, un arc-en-ciel de neige. Ce n’est pas tout. La nuit venue, l’œuvre restitue l’énergie lumineuse qu’elle a reçue, elle s’éveille à un autre monde, encore. Un monde paradoxal, abyssal, calme et grouillant à la fois, chaud et froid, vivant toujours en son nocturne tombeau.

Cher Maître, merci de nous donner à voir et à rêver les mondes.

William Sacco
Septembre 2008

Novaro
Vidéo envoyée par Senneville-Yole-Club

expo Novaro st valery en caux sept 2008

Retour à l'accueil

ANNONCE

Vous avez un bateau, vous ne savez plus quoi en faire... La yole-team recherche tout type de bateau afin d'agrandir sa flotte. Contactez-nous !

Commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés